
Vendredi 24 à Mardi 28 octobre
Élodie est revenue en France par transports publics depuis Cluj, je vais donc rentrer seul à Paris.
Départ de Cluj difficile
Visiblement un peu stressé, je ne dors pas de la nuit. Pas le choix, il faut bien que je parte de chez Rada, mon hôte qui m’a gentiment préparé des crêpes le matin. Je la remercie, la salue, puis m’en vais en direction d’une intersection autoroutières en bordure de la ville. Je ne suis pas le seul à faire du stop, il y a un autre monsieur avec moi, un monsieur garé vient même me demander si j’ai besoin d’aller à un endroit contre paiement : un genre de taxi particulier.

Malgré le trafic énorme qui vers l’Ouest, la vitesse plutôt lente et la grande place pour s’arrêter : il n’y a qu’une voiture qui tente de m’aider. Il s’agit de deux jeunes filles qui n’allaient hélas pas bien loin, je décide donc d’attendre encore… pendant deux heures ! Je me résigne à changer de stratégie, il y a du vent, il fait gris, tout le monde m’ignore… Je prends un bus qui m’emmène jusqu’à Gilău, une ville en banlieue de Cluj. Il est midi et je n’ai toujours pas vraiment quitté Cluj. À peine je commence à faire du stop, je vois clairement un changement d’attitude des gens par rapport à l’endroit où j’étais avant. Les gens me sourient, s’excusent de ne pas aller vers Oradea à la frontière hongroise. Des policiers s’arrêtent même à ma hauteur pour lire mon panneau et m’encouragent.

Direction Budapest !
Au bout de 20 minutes, Ferenc, un hongrois de Roumanie, s’arrête en me disant qu’il va à Budapest. Quel soulagement ! Il a sauvé ma journée. Ferenc conduisait deux filles qui étaient à l’arrière. Je pensais qu’il s’agissait de ses enfants, mais en fait je me suis retrouvé dans un blablacar et la quatrième personne ne s’est pas montrée. Ce qui a permit que je prenne sa place !

Bien au chaud et couvert, je vois la pluie s’abattre de manière torrentielle sur tout ce paysage orangé qui m’entour. À ce moment là, je suis d’autant plus heureux que Ferenc m’ait pris à bord de sa voiture. C’était intéressant car ils étaient tout trois des hongrois de Roumanie et avaient l’air de bien vouloir se dissocier des roumains. Ce pays a encore les empreintes de son histoire multiculturelle, de ses guerres, ses influences. Sur le chemin, on tombe sur une route où les roms ont construit d’immenses palaces -bien souvent vides- pour montrer leur prestige. Curieux…

Ferenc me dépose donc à Budapest en début de soirée. Je passerai la nuit dans un dortoir à 10€, ce n’est pas le grand confort mais bon. J’en profite pour faire une marche nocturne dans la capitale que j’avais déjà visitée il y a quelques années.

Vers l’Allemagne ! 700 kilomètres en un jour
Qui eu crut que j’allais aussi bien dormir dans un dortoir-foutoir de 10 personnes ? Comme je n’avais pas dormi la nuit d’avant, j’étais tout simplement trop fatigué pour m’intéresser au bruit environnant. Je me remet en route vers une station essence à l’extérieur de la capitale. Cette fois je ne veux rien risquer, je vais vraiment faire en sorte d’en prendre une qui est vraiment éloignée de la ville. J’en ai pour peut-être une heure et demi, le temps de prendre un métro, un bus et de marcher le long de la route. Hélas, ça ne marche pas si bien que ça, pendant une heure et demi personne ne s’arrête malgré un nombre important de voitures autrichiennes et allemandes. Un travailleur de la station vient toutefois m’apporter quelques petites choses à manger ! Je me dis que ce n’est qu’une question de temps…mais je veux accélérer un peu le processus.

Plutôt que me mettre à la sortie de la station, je décide de lever le pouce où il y a les pompes à essence, devant le magasin. Rapidement, beaucoup plus de gens me voient, commencent à parler avec moi. J’arrive à presque me faire prendre par un couple de hongrois qui allaient jusqu’aux Pays-Bas, mais un chauffeur de bus est venu nous interrompre pour me dire qu’il pouvait m’emmener à Graz gratuitement. C’est gentil de sa part mais en comparaison à un potentiel passage jusqu’en Allemagne, je peux perdre beaucoup ! Mais son intervention a été suffisante pour dissuader le couple qui est retourné à sa voiture.
Ne jamais se résigner à ce qui est en train de vous arriver.

J’ai remercié le chauffeur en lui disant que le couple pouvait vraiment m’aider et j’ai couru les rattraper en leur disant que j’aimerai partir avec eux s’ils le voulaient bien (ils étaient déjà à deux doigts d’accepter). Et c’est parti ! Direction Leipzig avec Catarina et Zaly où ils s’arrêteront passer la nuit. Je passe près de 7 heures dans leur voiture : c’est le trajet le plus long de tout le voyage. Ils étaient très sympathiques, on utilisait google translate pour communiquer. D’après la dame, je ressemblais beaucoup à un peintre hongrois. Je leur demande de me déposer à une station essence près de Dresden où je pourrais continuer la route pour demain. Je place ma tente dans le noir dans la zone de la station essence à l’abri des regards et je m’endors…

La journée la plus difficile
Aujourd’hui mon objectif est de me rendre à Charleroi et y rejoindre des amis pour un évènement malheureux : l’enterrement d’un ami avec qui j’ai travaillé sur un projet.

Il est 7 heures. Je lève le camp et commence le stop aussitôt. Petit hic, on est dimanche matin et il n’y a que très peu de voitures. Je n’avais pas trop prévu ça. Pendant deux heures j’essaie de parler aux gens sans trop de succès, y compris un convoi de boomers français qui clairement, m’envoie chier comme un malpropre. Il y avait bien un roumain qui voulait m’aider, mais il n’a pas le droit de rouler le dimanche avec son camion… Il fait trop froid malgré quelques rayons de soleil. J’alterne entre le magasin et dehors pour me réchauffer. Finalement, je tombe sur Mani, un pyrotechnicien qui s’occupe des effets pour les concerts de chanteurs très connus comme Lady Gaga. C’était super intéressant ! Il me dépose dans une autre station essence près de Erfurt.

Malheureusement, il se met à pleuvoir, à y avoir beaucoup de vent dans un froid vraiment glacial. Clairement, je ne suis pas équipé pour faire autant face au froid. Je tente donc le stop dans un MacDonald mais je me fais gentiment dire que je ne peux faire ça ici, ce qui est compréhensible. À peine sorti, j’ai beaucoup de chance car je suis pris par Eike qui m’amène dans une station essence près de Francfort ! La journée ne se passe pas si mal ! J’ai pratiquement traversé toute l’Allemagne d’Est en Ouest. Elle ne parlait pas anglais et mon allemand est.. perdu. On ne parle pas beaucoup (elle écoute un podcast dans sa voiture) mais elle est juste trop gentille et me donne des biscuits maison et des kinders quand elle me laisse ! Longue vie à elle.

Destination la Belgique : j’y crois ! À peine arrivé, on me propose un passage pour la Suisse mais ce n’est pas du tout ma direction. On m’en proposera un autre, puis plusieurs vers Francfort (beaucoup de pendulaires). Pendant 2h30 : aucune plaque d’immatriculation pour aller vers Cologne alors que ce n’est pas si loin, mais l’autoroute allemand se « coupe » entre Francfort et Cologne. Il fait froid, il va commencer à faire nuit dans pas très longtemps, j’ai l’impression d’être une chandelle qui s’éteint petit à petit. À un moment, je suis tellement désespéré que je court vers un 4×4 immatriculé à Cologne et malgré le fait que les gens dedans étaient très sympathiques, ils n’allaient pas vers la ville…
Dieu bénisse Darek (Dariusz)
Au bout de deux heures trente de stop, d’errances, de questions à des inconnus, je vois une voiture polonaise. Ma réflexion est la suivante : je viens du même côté, peut-être que s’il se trouve ici, il ira à plus loin à l’Ouest ? Je lui lâche mon plus beau « dzień dobry » (bonjour en polonais), je lui demande où il va, puis il me demande d’où je viens, je lui dis de France et il parle en français avec moi. Il va bien en direction de Cologne car il va…à Mons en Belgique ! Incroyable ! Un ange tombé du ciel. Restituer ce sentiment euphorique de tomber sur LA personne qui va m’aider jusqu’au bout alors que la journée fut vraiment éprouvante, c’est difficile. Darek devait s’y rendre pour des raisons professionnelles et il était bien content d’avoir de la compagnie avec lui. Il m’a même offert MacDonald ! Nous avons eu des discussions passionnantes jusqu’au soir, je pense que c’était mon trajet le plus émotionnant depuis le début.


Arrivé en Belgique, destination finale
Gilles, SNK et Corentin sont venus me chercher sur l’aire autoroutière où Darek m’a déposé. J’ai passé deux nuits chez mon ami Gilles avec le groupe d’amis. On a bien sûr passé du bon temps ensemble, mais nous avons aussi assisté à l’enterrement de notre ami commun. Moment difficile. Je me suis fait raccompagné à Paris par Jo’, un ami absolument adorable de Corentin avec qui nous avons aussi eu des conversations intéressantes sur la spiritualité et le christianisme. Je ne sais pas si on peux considérer comme du stop, mais à Paris la boucle s’est bouclée!

Merci d’avoir suivi cette aventure !



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